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SITL 2026 – Qui paiera la facture verte ?

Posté le 15 avril 2026

Vers une redéfinition systémique de la chaîne de valeur logistique

À l’occasion du SITL 2026 à Villepinte – Salon International du Transport et de la Logistique, les échanges autour de la question « Qui paiera la facture verte ? » ont mis en lumière une évolution majeure : la transition énergétique ne constitue plus un sujet sectoriel, mais une transformation systémique de l’ensemble de la chaîne logistique.

Au croisement du transport, de l’énergie et de l’immobilier logistique, les interventions convergent vers un constat clair : la "facture verte" n’est pas seulement un coût à répartir, mais un levier de recomposition des modèles économiques.

Une équation économique encore instable mais structurante

La décarbonation, notamment du transport routier de marchandises, repose sur une équation économique encore en phase de convergence : surcoûts d’investissement, incertitudes sur le coût total de possession, dépendance aux aides publiques et maturité encore inégale des technologies.

Pour autant, les ordres de grandeur partagés lors du SITL montrent que l’impact macroéconomique reste limité, de l’ordre de +1,5 % sur les coûts logistiques et environ +0,5 % sur les prix finaux.

Ce différentiel suggère que l’enjeu central n’est pas tant le coût global que sa répartition entre les acteurs.

Une redistribution des rôles entre acteurs

Les prises de position des intervenants traduisent une clarification des responsabilités.

Côté chargeurs, Valérie Clément-Launoy (AUTF) rappelle une ligne de partage claire : accepter une hausse des coûts ou s’engager dans des contrats de long terme est envisageable, mais les chargeurs ne peuvent pas se substituer aux financeurs des transporteurs.

Côté transporteurs, le défi est avant tout celui du financement des investissements, avec un mur de CAPEX important pour renouveler les flottes.

Du côté des pouvoirs publics, Guillaume Decorzant (Direction générale des Entreprises – Ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique) souligne la nécessité d’un cadre stable et d’un accompagnement structurant, rappelant qu’un industriel investit avant tout parce qu’il anticipe un marché et une trajectoire, plus que pour une aide ponctuelle.

Le modèle qui se dessine repose ainsi sur une hybridation public-privé, avec un partage de l’effort mais sans transfert intégral des coûts.

L’électrification : un levier central mais non exclusif

L’électrification du transport routier, en particulier des poids lourds, constitue un pilier de la transition. Pour autant, elle ne peut être envisagée comme une solution unique.

Comme le souligne Clément Molizon (AVERE France), la décarbonation repose sur un ensemble de leviers : électrification, biocarburants, hydrogène à plus long terme, mais aussi optimisation des flux et sobriété logistique.

La question de l’usage devient centrale : faut-il maintenir des cadences de livraison élevées et des flux fragmentés, ou repenser l’organisation logistique ?

La performance environnementale dépendra moins d’une technologie unique que de la capacité à orchestrer l’ensemble de ces leviers.


Le basculement vers les infrastructures et les actifs logistiques

L’un des enseignements majeurs du SITL est le déplacement du centre de gravité du débat : la transition énergétique ne se joue plus uniquement au niveau des véhicules, mais au niveau des infrastructures.

Les échanges animés par Juliette Medana (JLL), avec Louis Ioualalen (Prologis), David Machut (LaSalle Investment Management) et Jean-Philippe Buti (JLL Ingénierie), mettent en évidence une mutation profonde du rôle des actifs logistiques.

Plusieurs chiffres illustrent cette transformation :

  • 54 % des poids lourds vendus en Chine sont déjà électrifiés
  • 75 milliards de dollars de revenus sont attendus pour les robots mobiles à horizon 2030
  • jusqu’à +50 % d’impact sur le revenu net d’exploitation grâce à l’intégration de solutions photovoltaïques et d’infrastructures de recharge.

Ces éléments montrent que la transition énergétique est également un levier de création de valeur.

L’émergence du bâtiment logistique comme hub énergétique

Les actifs logistiques évoluent vers un nouveau modèle intégrant pleinement l’énergie comme composante stratégique.

Trois transformations structurantes se dégagent :

  • l’intégration énergétique (production locale, stockage, recharge)
  • la montée en puissance de la donnée comme actif stratégique
  • la corrélation croissante entre performance énergétique et valeur immobilière

Un entrepôt ne se limite plus à une fonction de stockage : il devient une plateforme énergétique, capable de soutenir l’électrification des mobilités et d’optimiser les coûts d’exploitation.

 

Le coût de l’inaction : un risque économique direct

Un point clé ressort des échanges : le coût de la transition ne doit pas être analysé isolément du coût de l’inaction.

Ne pas adapter les infrastructures et les modèles logistiques expose à :

  • une vacance accrue des actifs
  • une dévalorisation immobilière
  • une perte d’attractivité pour les utilisateurs
  • une incapacité à répondre aux nouveaux usages (électrification, automatisation)

Autrement dit, la facture verte existe déjà — elle se matérialise dans le risque d’obsolescence.

Vers une recomposition de la chaîne de valeur

Les enseignements croisés des deux conférences montrent une évolution structurelle de la chaîne de valeur logistique.

Historiquement, le transport était perçu comme un centre de coût, l’immobilier comme un support, et l’énergie comme une contrainte externe.

Désormais, le transport devient un levier de décarbonation, l’immobilier une plateforme énergétique, et l’énergie un actif stratégique.

Cette recomposition redéfinit les équilibres économiques et les sources de valeur.

Au-delà de la facture verte, capitaliser sur la valeur verte

La question « Qui paiera la facture verte ? » appelle une réponse collective, mais surtout une lecture renouvelée.

Le véritable enjeu n’est plus uniquement la répartition des coûts, mais la capacité des acteurs à transformer cette contrainte en levier de création de valeur.

Les organisations les plus avancées seront celles capables d’anticiper les besoins énergétiques, d’intégrer les infrastructures dans leur stratégie et de collaborer à l’échelle de l’écosystème.

Dans ce contexte, la transition énergétique du transport et de la logistique ne redistribue pas seulement les coûts : elle redéfinit durablement les règles du jeu.

 


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