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Décret Tertiaire : Entre maturité réglementaire et urgence opérationnelle pour les décideurs immobiliers

Posté le 8 juin 2026

À l’aube d'un tournant décisif, le Dispositif Éco Énergie Tertiaire (DEET) n’est plus une lointaine contrainte administrative, mais une réalité managériale ancrée dans les tableurs de bord des Directeurs Financiers et Directeurs de Patrimoine. L'année 2026 marque une étape hautement stratégique : la publication complète des arrêtés « Valeurs Absolues » permet enfin à l'ensemble des acteurs de formaliser leur trajectoire avec exactitude.

Surtout, la pression réputationnelle s'accélère : les premières notes Éco Énergie Tertiaire s'apprêtent à devenir un actif à part entière avec l'obligation d'affichage public dès le 1er juillet.

Dans ce contexte, le nouveau rapport de l'ADEME*, OPERAT : Bilan des déclarations 2024-2025, fournit une cartographie inédite de la maturité énergétique du parc français. Analyse des grandes tendances professionnelles à retenir.

La plateforme OPERAT passe le cap de la maturité

Quatre ans après le lancement des premières vagues déclaratives, l'outil de pilotage de l'État s'impose comme la base de données de référence de l'immobilier durable. La phase de rodage est bel et bien derrière nous.

Un taux de remplissage structurel :

OPERAT comptabilise désormais près de 340 000 Entités Fonctionnelles Assujetties (EFA) et 1,14 million de déclarations de consommation cumulées (dont 91 % sont validées).

Une représentativité critique :

En matière de surfaces, le taux de couverture oscille désormais entre 50 % et 60 % du parc assujetti total en France, représentant 343 millions de m2 validés pour la seule année 2024.

Industrialisation des process :

Si l'interface web (IHM) reste majoritaire (61 %) , le recours aux imports de fichiers CSV (35 %) et aux connexions directes par API (4 %), comme le permet la plateforme DATAMARC NEO, démontre que les gestionnaires de patrimoine ont automatisé la collecte de données au sein de leurs outils de Property Management.  

 

Consommations en net recul, mais le premier « palier » de sobriété s'essouffle

Les efforts d'optimisation entrepris depuis une décennie portent visiblement leurs fruits, portés par des investissements d'efficacité technique et des actions de sobriété comportementale.

Une baisse de -26 % des consommations :

Entre la période de référence (2010-2019) et l'année 2024, la consommation déclarée et ajustée des variations climatiques a reculé de 26 %.

Un impact carbone majeur (-32 %) :

Grâce à la baisse globale des volumes d'énergie et à une modification profonde du mix énergétique sectoriel, les émissions de gaz à effet de serre (GES) plongent de 32 % sur le périmètre.

L'accélération de l'électrification :

En écho direct avec les orientations des plans gouvernementaux de décarbonation, l’électricité s'impose massivement et représente 60,8 % du mix en 2024, au détriment direct du gaz dont la part s'est contractée de 8 points (passant de 37 % sur la période 2010-2019 à 29 % en 2024).

Point de vigilance pour les DAF et Directeurs Immobiliers :

Si la dynamique de baisse a été spectaculaire entre 2021 et 2023 (-10 % en deux ans), l'année 2024 montre un ralentissement très net avec seulement -0,9 % de baisse par rapport à 2023, comme le montrait le dernier baromètre de la performance énergétique de l’Observatoire de l’Immobilier Durable (OID)**.

Les gains d'efficacité faciles dits "quick win" (pilotage, consignes de chauffage, relamping) ont été captés. Pour aller chercher les gains restants, l'analyse devra désormais pivoter vers des Capex plus lourds de rénovation globale (enveloppe du bâtiment, systèmes CVC).  

graphe montrant la consommation brute par rapport à la consommation ajustée du climat

Profils énergétiques : Les disparités du marché

Les ratios de consommation moyenne (ajustés du climat et exprimés en kWh/m2/an) confirment de profondes différences de profils d'exploitation selon la nature de l'actif. Dans le top 3 figure les data centers, les blanchisseries et le secteur de la restauration: 

graphe montrant les différences de profils d'exploitation selon la nature de l'actif

Objectifs 2030 : Plus de la moitié du parc est déjà au rendez-vous

L'un des enseignements les plus rassurants de ce bilan de l’Ademe pour les comités de direction réside dans la faisabilité des cibles réglementaires : l'objectif 2030 n'est pas une montagne infranchissable.

En retenant les déclarations fiabilisées, 51 % des EFA ont déjà atteint leur objectif cible pour 2030 (soit en valeur absolue, soit en valeur relative). Ramenée à la surface totale déclarée, cette proportion s'établit à 47 %, affichant une progression constante (elle n'était que de 35 % en 2020).

Néanmoins, les performances s'avèrent extrêmement hétérogènes selon les typologies d'actifs :

  • Sur le podium des bons élèves (Objectif atteint pour > 50 % des surfaces) : Les typologies Commerce non alimentaire, Bureaux, Enseignement, ainsi que le secteur du Transport et du Stationnement bénéficient d'une excellente dynamique de conformité anticipée.
  • À la traîne (Objectif atteint pour < 40 % des surfaces) : Le Tourisme, la Santé, l'Audiovisuel et la Restauration ferment la marche. Ces secteurs, structurellement contraints par des intensités d'usage élevées ou des typologies de bâtis complexes, doivent impérativement accélérer leurs plans d'actions.

Répartition des EFA selon l'atteinte de leur objectif 2030 en proportion de leur surface par méta-catégorie d'activités

Accélérer en pilotant sa performance énergétique

Pour les directions immobilières et financières, ce bilan OPERAT trace une feuille de route claire pour le second semestre :

  1. Ajuster la valorisation verte : Avec l'affichage imminent des notes, la conformité Décret Tertiaire devient une composante majeure de la valeur vénale et locative des actifs (Green Premium vs Brown Discount).
  2. Actionner les leviers de modulation : Pour les parcs en retard (notamment dans la santé ou le tourisme), il devient urgent de finaliser le dépôt des dossiers techniques de modulation sur OPERAT afin de moduler légitimement les objectifs en fonction des contraintes technico-économiques ou architecturales.
  3. Pivoter vers des plans pluriannuels de travaux : Le ralentissement de la baisse des consommations montre que la gestion de l'usage ne suffit plus. La décennie 2026-2030 exige une planification financière rigoureuse des Capex de rénovation pour préserver la conformité des parcs.

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